Geneviève Everell

Conférencière

Mon parcours

 

On dit souvent que les enfants ont la vie facile.  Pour plusieurs, cela semble être vrai, pour d’autres, l’enfance est un rêve que l’on ne vivra jamais et pour qui la vie adulte arrive trop tôt.

Pour certains, le confort de la maison parentale est d’une première importance. Pour moi, la maison parentale était un endroit où ma mère se faisait battre par mon beau-père et où la drogue, la violence, l’alcool était aussi présents que le sel dans la mer ou la pollution dans le monde.

Mes premiers souvenirs d’enfance sont parmi les plus violents de ma vie.  Mon beau-père était un homme qui ne savait agir qu’en ayant recours à la violence.  Que celle-ci soit physique, verbale ou psychologique, cet homme était pour moi un individu méchant, mais que ma mère aimait plus que tout.  Je ne sais pas combien de fois j’ai été victime ou témoin de violence par cet homme qui était roi de la violence sous toutes ses formes.  Le pire dans tout ça, c’est qu’à cet âge, j’étais impuissante et je me sentais coupable de ne pas pouvoir aider et surtout de ne pas pouvoir m’aider. Ma mère ne l’a pas eu facile. Venant d’une famille de 16 enfants, la pauvreté et les chicanes étaient chose commune et je crois qu’elle ne connaissait  que ce côté sombre de la vie. Les visites dans les centres pour femmes victimes de violence étaient des vacances pour moi. Il s’agissait d’un endroit où je me sentais bien et en sécurité jusqu’à ce que ma mère me demande de retourner avec elle à la maison parce que l’amour la rendait aveugle. Couteaux qui volent, vaisselle cassée, cris, larmes, détresse, police, drogue et nombreux déménagements faisaient partie de ma vie de tous les jours. Où était mon père ? Ivre chez lui, endroit où je ne pouvais aller, interdiction de ma mère.  Je suis vite devenue très autonome et mature; ce monde d’adulte m’a fait oublier d’aller jouer dehors avec mes amies pour plutôt rester à la maison et surveiller ma mère. L’école primaire a été très difficile pour moi puisque je n’avais presque aucun encadrement académique et les déménagements étaient fréquents. Il m’était donc extrêmement difficile d’avancer comme les autres écoliers.

 

Constamment seule à la maison, c’est vers 12 ans que je suis allée habiter chez des amis de la famille où je suis vite devenue un genre de femme de ménage afin de me sentir un peu chez moi.  Cette famille n’avait pas beaucoup de moyens donc je devais faire ma part des tâches pour du moins me sentir acceptée.   De 13 à 15 ans, j’ai subi de l’abus verbal et psychologique sous toutes ses formes. On me répétait toujours « Souper pas assez chaud », « toilette mal nettoyée », « Tu es laide, inculte, innocente ». La violence verbale les injures, les insultes…ça fait mal au cœur. Je n’étais que la fille d’Anne-Marie qui prenait de la place dans leur famille. Sous-alimentée, mal traitée, une honte m’habitait et je ne pouvais pas croire que la vie était ainsi faite. Puis un jour de février, plus d’électricité ! Nous devions donc vivre dans le froid et l’obscurité. Malgré ma situation difficile à la maison, l’école secondaire a été beaucoup plus facile pour moi. Je cachais bien la réalité de la maison, je trouvais milles et une façons de cacher ma pauvreté. J’ai eu la chance de croiser plusieurs personnes incroyables sur mon chemin. Je les appelle mes étoiles. Une professeure merveilleuse et une infirmière qui est devenue ma confidente.

 

Dès l’âge de 15 ans, je me suis prise en main. Je me suis rendu compte avec ma force intérieure que la vie ne pouvait être si sombre. C’est à l’épicerie, avec un bon d’achat de 30$ pour nourrir 4 personnes que j’ai eu un déclic. En passant devant le comptoir à charcuteries et bons fromages, la gourmande épicurienne en moi c’est dit « Ça doit être ça la vie, ne pas devoir compter sous après sous et pouvoir se gâter ». J’ai alors décidé de déménager par moi-même afin de faire ma propre vie. J’ai pris une valise, j’y ai mis mes effets personnels et j’ai simulé une simple visite chez ma mère. Je suis allée vendre des bouteilles pour payer mon billet d’autobus et je me suis donc enfuie de cette famille et me suis jurée de ne plus jamais y retourner. Cependant, j’ai dû passer par une période de transition d’environ deux mois où j’ai dû vivre dans la «piquerie» qu’était devenu l’appartement de ma mère. J’ai demandé à être placée dans une famille par La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (DPJ), mais je n’étais pas une délinquante donc il n’y avait pas de place pour une jeune fille comme moi qui allait bien de l’extérieur, mais avait besoin d’aide et de support familial et d’une écoute pour me guider dans le futur. Vivant dans une pauvreté extrême, je suis vite devenue la mère de ma mère. Je dormais par terre sur un petit matelas coussinet alors que les gens se droguaient dans la cuisine. Ma mère se prostituait. Pendant deux mois, j’ai enduré cette vie avant d’obtenir mon propre appartement et payer mon propre loyer.

J’ai finalement obtenu mon indépendance et ma première chance à l’âge de 15 ans. Un ange est descendu du ciel, un garçon qui m’a guidé et m’a appris ce que sont des valeurs et ce que je valais dans la vie et la société.  J’allais donc à l’école à temps partiel, tout en travaillant chez McDonald à temps plein également.  Le gouvernement me considérait adulte donc ne m’aidait pas financièrement et j’ai finalement commencé à faire ma propre vie d’adulte très prématuré. Travailler de 8 h à 17 h du lundi au vendredi, faire les repas le soir, payer les comptes et faire les tâches ménagères la fin de semaine, c’était ma vie à 16 et 17 ans. Ma mère passait parfois faire son tour. Totalement droguée elle m’harcelait pour avoir de l’argent et me manipulait constamment.

Que retirer de cette histoire ?  Je ne regrette pas ce qui m’est arrivé dans ma jeunesse.  Je suis qui je suis aujourd’hui à cause des différentes expériences que j’ai vécues.  Il est certain que je ne souhaite à personne ce qui m’est arrivé, mais je me suis donnée comme but dans la vie de servir d’exemple pour tous ceux qui comme moi, n’ont pas eu la vie facile dès la naissance.

À 19 ans je travaillais dans un dépanneur, je tentais de terminer mon secondaire 5 afin d’avoir une sécurité et un outil de travail pour bien gagner ma vie. À cet âge, quand tu as été élevée par des gens sur l’aide sociale tu te dis que tu n’es pas trop mal viré ! Je travaillais, gagnais ma vie, payais mes comptes et avait une petite vie bien rangée avec mon amoureux de cette époque. Je n’étais pas riche mais au moins je travaillais. Je me disais que je n’allais peut-être pas faire ce que j’aime dans la vie mais au moins je n’allais dépendre de personne. À cette âge, mon amoureux et sa famille merveilleuse m’ont redonné espoir en une vie normale, remplie d’amour et de générosité.

C’est à l’âge de 20 ans que ma vie a vraiment changé. Un nouvel emploi d’offre à moi, faire des Sushis dans un petit restaurant. Une révélation, une passion est née en moi dès l’instant où j’ai étalé du riz sur cette feuille d’algue. J’ai commencé dans ce petit restaurant à faire mes premiers rouleaux, ensuite bien évidemment tes amis te sollicitent à partager ta passion avec eux et les gâter dans le confort de leur foyer. Voilà comment Sushi à la maison est né. Passe temps pour commencer et maintenant superbe entreprise, je n’aurai jamais imaginé où cette passion me mènerait quelques années plus tard.

Toujours à 20 ans, une autre passion c’est ouverte à moi : celle des communications. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai décidé de foncer dans la vie en m’inscrivant au collègue de radio et de télévision de Québec. Le plus beau « move » de ma vie ! Quelle expérience incroyable de dépassement de soi, quel monde fabuleux que celui des médias.

En 2009, alors que je suis finissante au CRTQ, j’obtiens mon premier poste d’animatrice radio à Penetaguishène en Ontario. Animatrice et directrice musicale à la fois, je m’implique dans cette magnifique communauté et apprend le métier plus que n’importe où ailleurs. Le CRTQ a été pour moi une révélation sur moi-même et sur mes forces intérieures.

 

C’est en 2010 que maman meurt des suites d’un cancer non traitable en raison de son état de santé. Elle me quitta à 47 ans, après un séjour de 24 jours à la merveilleuse maison Michel Sarazin à Québec où j’ai passé tout mon temps avec elle afin qu’elle parte en paix malgré la vie dure qu’elle c’était fait subir. Je voulais qu’elle parte dans la dignité et la paix. Sur son dossier médical ce n’était pas écrit « JUNCKY », « PROSTITUÉ » ou « NARCOMANE », mais bien cancéreuse. Le respect était au rendez-vous.

 

Mon cher papa est maintenant sobre depuis 2004 . Il est avec la même merveilleuse femme depuis 20ans. J’ai découvert un homme bon au grand cœur avec qui je rattrape le temps perdu. Je suis très fière de lui. Nous sommes devenus les meilleurs amis du monde et il ne passe pas une journée sans que l’on s’appelle ou l’on ce voit.

 

De 2009 à 2011, j’ai beaucoup déménagé à cause de mon métier. J’ai toujours continué de faire des Sushis à mes amis pour le plaisir et du coup, j’ai commencé à créer mes propres recettes et créations uniques.

 

C’est à mon arrivée à Montréal en 2011 que tout a pris une tournure inattendue pour Sushi à la maison. Animatrice radio dans une superbe station de la Rive-Sud, mon arrivée à Montréal n’était que le début d’une belle aventure. Je ne vous apprend rien en vous disant que le milieu des communications est un milieu difficile et pour bien en vivre il faut beaucoup de temps et de notoriété. Petit train va loin, je fais mon chemin dans ce milieu que j’adore et j’y rencontre des gens fabuleux. C’est à la fin 2011 que je décide, avec l’encouragement de mon entourage, d’essayer de faire grandir plus officiellement Sushi à la maison. Habile avec les médias sociaux et ayant un beau réseau de contacts de gens dans les communications, je décide de foncer et de pousser mon entreprise à avoir plus de visibilité sur Facebook et les autres plates-formes 2.0 de ce monde. C’est alors que la généreuse Sophie Durocher accepte de m’inviter chez elle afin d’écrire un article sur moi dans le magazine en ligne de c’lin d’œil, et voilà, j’ai créé un monstre !

 

Je me suis créé un compte de fée, j’ai créé mon travail avec ma passion, je fais des bouchées de bonheur chez les gens et j’ai même formé des gens pour le faire aussi bien que moi afin de rendre encore plus de gens heureux avec nos créations originales. Sushi à la maison se démarque par son originalité, sa créativité et sa personnalité. Les gens qui nous réservent sont le reflet du plus beau côté de notre magnifique Québec. Mes chefs et moi avons la chance d’entrer dans l’intimité de nos clients et c’est un honneur à tous les jours pour nous d’entrer chez vous comme ça. Je suis entourée de la plus belle équipe au monde parce que j’engage d’abord pour l’énergie et la personnalité. Sushi à la maison c’est plus que des Sushis, c’est de vivre un moment unique et magique avec les gens que vous aimez.

 

Et c’est grâce à mon vécu que je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui. C’est aussi grâce à vous lecteurs, clients ou futurs clients que j’ai décidé de partager ma passion et de vous faire le cadeau de partager mes créations originales et uniques de Sushis.

 

Je suis très fière d’avoir pu créer cette entreprise. Vive les médias sociaux, vive les opportunités et les rencontres incroyables que j’ai eu la chance de faire afin de pouvoir vous écrire deux magnifiques livres sans prétention et gourmands. Finalement, rien n’est impossible pour personne, il suffit de croire en soi, de foncer, de s’entourer de personnes incroyables et de vivre ses rêves.

 

Geneviève